Extrait de la légende de la Pierre Sacrée (Sheendara 1)
CHAPITRE I
La végétation luxuriante et brillante de rosée semblait s’éveiller en même temps que l’homme qui gisait sur son sol, nu. Il cligna des yeux. Son regard était aussi bleu que le ciel au-dessus de lui. Puis il grimaça en portant la main à sa tête.
— Bon sang, maugréa-t-il en se redressant à demi. Que s’est-il passé ?
Sa mémoire lui faisait défaut. Rien. Il ne se rappelait de rien avant ces quelques minutes. Il voulut se lever mais le sol sembla se dérober sous ses pieds. La tête lui tournait. Il se rassit précipitamment. Il se sentit soudain seul au monde, comme un naufragé venant de s’échouer sur une île déserte.
Où que son regard se pose, il n’y avait que la forêt. Des arbres majestueux, avec de magnifiques feuillages roses et or, l’entouraient.
Au bout d’un certain temps, il essaya à nouveau de se lever. Sa tête le faisait toujours souffrir mais c’était supportable. Il voulait savoir où il se trouvait. Il se mit en marche. Se laissant guider par son instinct, il s’engagea dans la forêt qui semblait lui ouvrir ses futaies comme des bras amoureux.
Il marcha aussi longtemps qu’il le put, mais quelle que soit la direction qu’il prenait, seuls des arbres et de grandes fougères violettes semblaient exister dans cet endroit. Il commença à s’inquiéter.
Il avait froid et pourtant son corps nu était ruisselant de sueur. Il avait faim et ne voyait rien de comestible autour de lui.
Il ne savait pas où il était, ni qui il était. Sa mémoire était une page blanche.
Soudain, un bruit discret se fit entendre derrière lui. Il sursauta et son pied se prit dans une racine. Il sombra dans le néant après que sa tête eut touché le sol.
***
Jour 1
Carnet de bord du Professeur Q.
X00032 est arrivé à destination. Le transfert de notre monde vers Sheendara s’est réalisé sans aucun problème.
Enfin ! Nous y sommes arrivés !
Il aura fallu trente et un échecs pour aboutir à cette victoire !
Nota bene : Afin que mes notes soient plus claires pour tous ceux qui n'appartiennent pas au Consortium, je tiens à faire quelques précisions : Une porte sur ce monde inexploré s’est ouverte il y a plusieurs décennies. Le professeur Matthews est celui qui peut se prévaloir de la découverte de la pierre qui marque l’entrée de ce monde parallèle. De tous les caractères gravés sur ce monolithe, un seul a pu être décrypté : SHEENDARA, et nous pensons que c’est le nom de ce monde nouveau.
Revenons à X00032.
Les capteurs ont réussi à le suivre dans le passage. Pour la première fois, aucun instrument de repérage n’a été abîmé. Nous avons bien fait de renforcer leurs protections électromagnétiques ! Ces nanomachines, quasiment invisibles à l’œil nu, sont de merveilleuses caméras volantes qui peuvent suivre un sujet durant une centaine de jours selon leur programmation. Elles perçoivent et transmettre les fréquences cardiaques. Il faut savoir que chaque personne envoyée sur Sheendara a subi une batterie de tests médicaux et nous avons enregistré toutes ces informations. Les capteurs se servent de ces données pour reconnaître la personne qu’ils surveillent.
X00032 semble reprendre conscience doucement. Ses signes vitaux sont excellents.
X00032 a été choisi parmi quarante-sept prisonniers, tous condamnés à la peine capitale.
Il mesure un mètre quatre-vingt-dix et pèse quatre-vingt-dix-huit kilos.
C’est un ancien combattant de l’Élypse, entraîné aux arts martiaux ancestraux.
Il est réputé pour avoir un mental d’acier.
Il a été condamné pour rébellion à l’ Élypse lors de la crise de 71.
Les questions qui se posent sont les suivantes : arrivera-t-il à survivre dans ce monde inconnu et inexploré ? Saura-t-il affronter tous les dangers présents et à venir ? Aura-t-il conservé toutes ses facultés, tant mentales que physiques, suite à ce voyage ?
Il ne pourra compter que sur lui-même.
Aucun de nous n’est habilité à l’aider.
Le Consortium Scientifique que je préside est composé de cinq savants. Il a pour seul objectif d’observer la possibilité de survie d’un humain en terrain hostile et inconnu.
Les capteurs le situent au milieu d’une végétation dense et ne décèlent aucune vie humaine à proximité.
X00032 se déplace.
Toujours aucun signe de vie dans les parages.
Seules quelques interférences font clignoter nos radars.
Sûrement les résidus du champ électromagnétique du passage.
***
— Encore un !
Autour du corps allongé de l’homme nu, la forêt semblait danser. Mais ce n’était pas des arbres : de longues formes brunes s’agitaient autour de lui, le frôlant de leurs branchages afin de tenter de le réveiller.
— Il est presque semblable à l’autre !
L’homme ouvrit les yeux… et les referma aussitôt, surpris par l’apparence des êtres qui l’entouraient.
— Ne crains rien !
Quelle était cette voix qui résonnait dans sa tête ? Craintif mais curieux, l’homme ouvrit doucement les paupières. L’azur de son regard accrocha l’ébène de celui de la créature la plus proche. Constatant que ces êtres n’avaient pas l’air hostile, il se redressa doucement sur son séant et les détailla avec plus d’aplomb.
C’était des femmes… enfin, ces créatures avaient l’apparence de grandes femmes avec leur très haute stature (elles étaient beaucoup plus grandes que lui) et leur corps mince et élancé. Tout comme les humains, elles possédaient deux jambes et deux bras, et leur visage était fin. Elles avaient toutes de grands yeux noirs qui s’étiraient en amande vers leur front, qu’elles avaient haut et dégagé. Leur peau ressemblait à de l’écorce. Elles avaient toutes une longue chevelure faite de feuilles multicolores.
Il étendit la main afin de frôler le bras de l’une d’entre elles, mais celle-ci se déroba. Peut-être avait-elle aussi peur que lui en cet instant ?
Soudain, quelque chose bougea le long du torse de l’une des créatures. L’homme se raidit d’appréhension quand il vit une sorte de longue liane, naissant à la base du cou, qui ondulait autour de chacune d’elles.
— Quel est ton nom ?
Encore cette voix dans sa tête. L’homme regarda tour à tour les créatures. Elles essayaient de communiquer avec lui. Il voulut leur répondre mais sa mémoire lui fit défaut. Comment s’appelait-il ?
— Je ne sais plus, avoua-t-il dans un souffle… je ne me rappelle plus. Je ne sais pas qui je suis, ni com-
ment je suis arrivé ici. Je me suis juste réveillé au milieu de nulle part, dans un endroit que je ne reconnais pas…
L’homme s’interrompit. Il parlait tout seul à voix haute devant ces êtres qui n’avaient rien d’humain et qui le regardaient comme une découverte extraordinaire. Il devenait fou. Elles ne pouvaient pas le comprendre. Et cette voix qu’il entendait dans sa tête, était-ce tout simplement son imagination qui lui jouait des tours ?
— Nous t’appellerons Kelm, dit la voix dans sa tête. Cela veut dire « Inconnu » dans le langage de notre peuple, les Femmes-Liane. Et non, tu n’es pas fou. Je comprends ton langage mais je n’ai pas de cordes vocales pour te répondre. Alors j’utilise la pensée.
La créature qui lui parlait ainsi s’était installée dans son champ de vision et son regard noir plongea dans le sien comme si elle voulait lui communiquer ce qu’elle ressentait.
— Va pour Kelm, maugréa l’homme, de toute façon, je ne me rappelle rien. Alors un nom en vaut un autre. Et vous, quel est votre nom, ajouta-t-il en fixant son interlocutrice.
— Kaya, répondit-elle, je suis la sita, c’est à dire, celle qui dirige le clan des Femmes-Liane. Je suis la seule à pouvoir communiquer avec toi car mes sœurs ne possèdent pas le langage humain.
Pour connaître la suite des aventures de Kelm, ouvrez le premier tome de la trilogie Sheendara, la légende de la Pierre Sacrée et laissez vous guider sur cette terre inconnue peuplée d'êtres différents.